Le Puy en Velay en Haute-Loire est le carrefour pour les Jacquets et autres pèlerins qui par le GR 700 Voie Régordane vont s'offrir une descente vers le grand Monastère de Saint Gilles dans le Gard et son port aux nombreuses destinations.

 

Le Chemin de St Gilles (GR700) qui reliait Nîmes au Puy en Velay et au pays Arverne

Elle s'est endormie, ou plus précisément assoupie... La parcourir, c'est lui redonner la vie car sa vocation, c'était le cheminement. Celui des marchands arvernes et grecs. Celui des chevaliers, des pèlerins, des colporteurs. Des jongleurs et des troubadours. Route du vin, des épices, du simple sel comme de l'huile et des fromages. Mais aussi route "stratégique" de l'étain vers la Méditerranée. De la chevalerie francque en marche contre le sarrazin. Du moine en pèlerinage vers Saint-Gilles et peut-être l'Orient. Un chemin d'étoiles dans la voie lactée du voyage que fut le Moyen-Âge.

Dire de la Lozère qu'elle est enclavée, c'est vouloir ignorer son histoire ou tout au moins la réduire à l'époque des chemins de fer...

La Lozère, et plus encore sa province d'origine le Gévaudan, non seulement n'a jamais été enclavée jusqu'au milieu du XIXe siècle mais, même, peut être considérée comme une zone particulièrement forte de grands passages, de confluences et de routes où rois, colporteurs, moines, chevaliers et marchands, troupeaux et charrois s' entrecroisaient intensément. Les mobiles d'une telle circulation étaient variés, enchevêtrés: religieux, économiques, militaires, pastoraux; avant tout c'était une zone de contact essentielle et privilégiée entre une civilisation méditerranéenne (qu'elle fut grecque, romaine ou arabe) et un monde nordique, les mystérieux pays de l'étain et des sombres forêts, régis par les peuples celto-germaniques.

Parmi les innombrables routes, sentes ou drailles qui traversent encore notre province; une nous est peut-être plus particulièrement proche : c'est le GR700 Voie Régordane, sentier qui reliait Nîmes au Puy en Velay et au pays arverne; la Méditerranée au monde barbare de la Gaule, voire aux contrées étranges de Bretagne et d'Irlande.

L'origine de cette voie se perd dans la nuit des temps. Probablement voie de transhumance naturelle puis pastorale à l'époque préhistorique, très vite elle s'enrichit d'une circulation de marchandises à l'époque romaine entre le pays arverne et celui des Volsques centré autour de Nemausus (Nîmes): du vin contre des armes et des bijoux; de l'huile et du sel contre froments et fromages... avec la progression du roulage, l'entretien puis l'élargissement de la voirie s'organise... les péages et les "protections" aussi car le pays est peu sûr et cette circulation de richesses appâte; surtout celles que constituent les produits orientaux (soieries, épices) arrivés par le port de Saint Gilles et remontant vers les célèbres foires de Champagne.

Des lieux de rencontres, d'échanges se constituent. amorce des villes et bourgs que nous connaissons aujourd'hui : Génolhac, LangogneLa Bastide Puylaurent, Villefort, étapes, abris, entrepôts d'un commerce qui enrichit les populations riveraines. Des forteresses aussi apparaissent, telles le château de Portes ou la Garde Guérin qui protègent (ou contrarient) ces courants économiques mais aussi culturels.

Car tout naturellement, le GR700 Voie Régordane devient en plus une route de pèlerinage. Si les Gîtes d'étapes, les Chambres d'hôtes, les Hôtels ou autres auberges fleurissent, les lieux de culte aussi et ses assortiments de reliques dont notre Moyen Age a le si délicieux secret.

Juste au Nord, vers le Puy en Velay, passe le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Celui des Teutons, qui draine tout le Nord Est de l'Europe vers le Sanctuaire Marial du Puy en Velay. Carrefour pour les Jacquets et autres pèlerins qui par la Régordane vont s'offrir une descente vers le grand Monastère de Saint Gilles et son port aux nombreuses destinations.

Chemin religieux, touristique, culturel également où ribaudes et ripailles. trouvères et chansons de geste émaillent un pèlerinage quelque peu « longuet ". Les hôteliers de cette époque soignaient déjà l'accueil et n'ignoraient pas l'animation... les récits guerriers des croisades - et on sait que vers le Midi et l'Espagne, les croisades furent largement antérieures aux Croisés - offrent un support de rêves et d'histoires aux longues nuits des mythiques vallées cévenoles.

LozèreIl faut suivre le GR700 Voie Régordane, découvrir ses pavages ancestraux, qu'ils soient romains ou "françois". Il faut observer sous la végétation les ornières laissées dans le rocher par les charrois lourdement chargés de denrées mystérieuses aux destins incertains; ces bourgs et ces porches considérables qui avalaient à la nuit tombante chevaux et mulets, ballots et colporteurs pour les restituer le matin dans la fraîcheur ensoleillée des couleurs. des rumeurs, des odeurs...

Il faut, au long de notre périple, dans les traces nombreuses qu'ont laissées nos parents de cette époque, savoir lire leurs soucis, leurs espoirs, leurs mythes.

Guilhem au cort Nes, Fierbrace est toujours là, présent et les fers de son destrier résonnent encore sur la dalle ancestrale. Lui qui emprunta la Régordane à partir du Puy en Velay pour reprendre Nîmes aux Sarrasins. Félons qui "au vrai Dieu ne croient ni à Dame Marie". Ils méritent donc un châtiment exemplaire :

Vestent hauberz, lacent hiaumes gemez
Ceingnent espées a ponz d'or noielez
Montent es seles des destriers atrivez ;
A lor cops pendent lor forz escus bouclez,
Et en lor poinz les espiez noielez.
De la vile issent et rengie et serré
Devant elsfont l'oriflanbe porté
Tout droit vers Nymes se sont acheminé.
A tot dis mille de François bien armez
qui de bataille estoient aprestez...
Par mijorez et par bois chevauchièrent
Par Ricordane outre s'en trespassèrent,
De si au Pui onques ne s'arestèrent...

Dix mille chevaliers sur la Régordane ? Le chemin a vécu ses heures de gloire.

Trop de prospérité, de joie tuerait-il ? Une histoire millénaire s'enfoncerait dans l'oubli ? Comme Merlin toujours vivant au plus profond du lac, la Régordane s'enfonce doucement dans les eaux de l'oubli. Dès la fin du XIVe siècle lorsque la guerre de cent ans fait délaisser notre territoire trop menaçant au profit de l'Allemagne et des Flandres.

La vallée du Rhône et les foires franches de Lyon auront définitivement raison de son intérêt économique. Ressurgi au XVIIIe siècle de par la volonté royale, elle s'étiole à nouveau car sa vie est ailleurs.
Plus rien ? Des ruines, des broussailles. des pavages, un chemin. C'est ici, c'est là...

Mais tient-elle prisonnières en ses flancs des sirènes ? la musique est bien là. qui demeure. Parfums et sonnailles n'en finissent plus de raconter ses innombrables légendes. Et des pavés disjoints sourd un chant ancien. Enveloppants et éternels sont ses rivages. Et ses mirages qui conduisent nulle part sauf au bout de nos rêves.

L'Etoile Gîte d'étape et de séjour à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.